BRASSAÏ
la découverte de l’Amérique

L’actuel directeur artistique du Pavillon populaire de Montpellier, Gille Mora, est un spécialiste de la photo américaine*. L’exposition Brassaï qui s’y tiendra tout l’été est une première mondiale. Il nous dit pourquoi.
Dans le cadre de la thématique 2011 (la photographie urbaine), nous avons choisi d’exposer la période de Brassai en Amérique en 1957. Une expo évènement car c’est la 1ère fois que cette face part ignorée dans l’oeuvre du photographe hongrois (1899-1984) se dévoile au public. Ces images totalement inédites, Agnès de Gouvion Saint-Cyr, la commissaire de l’exposition et moi-même, nous les avons découvertes il y a 3/4 ans.
Le rêve américain ?
A l’époque, la description que Henri Miller, auteur et ami de Brassaï, brossait de l’Amérique du Nord ne donnait pas trop envie d’y aller ! Lisez le Cauchemar climatisé ; Miller détestait les Etats-Unis ! En 1932, une galerie new-yorkaise voulait exposer des épreuves de la série Paris de Nuit. Des photos avaient été sélectionnées. Mais Brassaï ne se sentait pas prêt. Il faudra attendre 1956, la commande du luxueux magazine Holiday pour que Brassaï débarque enfin à New York. Et là, c’est le choc ! Lors de ce séjour, il a carte blanche : Manhattan, Greenwich Village, la Louisiane, Mississipi, ces nouveaux horizons fascinent l’oeil de l’Européen autant que le tempo de la ville. Et Brassaï, connu pour sa pratique du noir et blanc, ses portraits du Paris des années 30, revient avec des petits formats, des instantanés pris au Leïca. On redécouvre aujourd’hui ces 120 tirages argentiques d’époque (N/B), tirés par le photographe et 30 tirages modernes en couleurs, à partir des diapositives réalisées par Brassaï.
Autre technique pour un autre continent
Le changement de format lui permet de mieux s’immerger dans la foule, à New York, où Brassaï capte une vie urbaine intense. Des prises de vues de jour, des scènes de rue avec des passants en mouvement, qu’il a suivis… Tout le contraire de ce que l’on avait vu dans Paris de Nuit où là, il fixait longuement ses sujets, parfois «mis en scène». L’entrée de la couleur est inédite également. Des murs recouverts d’affiches, des néons dans la nuit, les lumières de fête foraine, les couples en promenade, les robes des femmes, tout ça en couleur. C’est véritablement un autre regard sur la ville, une exclusivité dans l’oeuvre de Brassaï.
Propos recueillis par Patricia Bussy
Du 17 juin au 30 oct au Pavillon Populaire à
Montpellier. Entrée libre
* A lire Gille Mora, Brassaï en Amérique 1957
(Flammarion 2011).