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EDITION SUN/SUN

Label de création éditoriale

Propos recueillis par Sandy Berthomieu

Rencontres et collaborations sont les maîtres-mots de sun/sun éditions. Au-delà du livre, ce label s’aventure dans des objets éditoriaux hybrides autour de la photographie, de la poésie ou encore des arts numériques. Tel un terrain de jeu où l’expérience est de mise, les frontières s’ouvrent et chaque création est pensée dans un ensemble transdisciplinaire.  Echanges avec Céline Pévrier, fondatrice.

Crédit photo : Noces ou les confins sauvages

Comment définiriez-vous votre label éditorial ?

À l’origine sun/sun a été pensé comme le moyen de créer des correspondances (par La Poste, si, si ! ) avec différents artistes et auteurs, sans trop se soucier des contraintes de production. C’était une sorte d’espace de jeu pour expérimenter qui s’est développé avec le photographe Laurent Onde. En parallèle, germait l’idée d’une maison d’édition, pour donner corps à des idées à travers les livres. sun/sun est né de la rencontre de ces deux envies. Très vite, les projets à « éditer » se sont manifestés pas seulement sous la forme « codex » du livre imprimé mais sur d’autres supports éditoriaux (événements, cartes, objets). C’est par ce glissement naturel que sun/sun a trouvé plus de justesse à se présenter comme un label de création éditoriale, ce qui pose une direction, témoigne d’une intention.

A travers vos publications et vos événements, il y a une envie de dépasser les frontières disciplinaires, de croiser les pratiques…

Naviguer dans un seul univers m’a toujours peu intéressé. J’aime butiner, je ne suis pas spécialiste, je crois que les domaines, les techniques, les références s’interpénètrent… J’ai d’abord travaillé pour la presse aux côtés de journalistes dans le champ documentaire. J’ai édité pendant plusieurs années une revue de photographie, Zmâla l’œil curieux puis j’ai porté mon attention sur d’autres domaines et de là est née Le Chant du Monstre, une revue mêlant graphisme et littérature. Ma pratique de l’édition est comme la vie, elle se façonne aussi avec les rencontres. Angélique Joyau et Sophie Duc (qui développent aujourd’hui l’aspect plus littéraire chez sun/sun), Alexandre Rivault (qui a réalisé l’identité graphique de sun/sun) et Gildas Secretin (illustrateur du livre « Noces ou les confins sauvages ») qui nous accompagnent sur de nombreux projets. Avec Bipolar, label de production en art, nous avons lancé la collection « Les immatériels » proposant des prolongements éditoriaux papiers à des œuvres plastiques numériques. Inspirée par ces croisements et la rencontre avec certains auteurs, je suis peu à peu revenue à l’image, par le biais d’écritures plus personnelles, plus poétiques, plus entremêlées et l’envie de porter des « voix » singulières.

En quoi est-ce important de faire vivre le livre en dehors de ses pages ?

Le livre, quand il n’est pas déplié a bien peu d’armes pour se « défendre », se diffuser. Les Lectures électriques de la créatrice sonore Laurie Bellanca – que sun/sun accompagne dans sa production et sa coordination – consistent en la création d’un récit au travers d’un corpus de textes, lu en direct pour des auditeurs sous casques. Les livres sont ici utilisés comme des partitions. Cela crée une ouverture à d’autres auteurs, maisons d’édition, galeries, librairies, lieux de diffusion, festivals. Cette démarche éditoriale prend d’autres formes, le papier n’est plus la seule finalité : il est ici envisagé comme point de départ.

Le livre peut clôturer un projet, ou en amorcer d’autres. S’autoriser à penser des choses avec d’autres acteurs du domaine est plus intéressant que de jouer tout seul dans son coin. sun/sun s’inscrit dans une histoire, dans un monde, une communauté. Les idées ne viennent pas toutes seules et ne sont pas déconnectées de ce qui se passe autour. (Lectures électriques à Beaubourg-HorsPistes, Nanterre Les Amandiers, Nuit de l’image à Lausanne et plus proche au Salon Cosmos dédié aux nouvelles pratiques éditoriales au sein des Rencontres d’Arles en juillet).

Votre dernière parution « Noces ou les confins sauvage » d’Hélène David semble parfaitement s’inscrire dans votre ligne éditoriale explorant le récit et le territoire. Comment s’est passée votre rencontre avec l’artiste ? Puis votre travail d’éditrice pour ce projet ?

C’est vrai que « Noces ou les confins sauvages » a une histoire qui incarne très bien la ligne de sun/sun : récit photographique, traversée du littoral méditerranéen sur le territoire des Calanques, questionnement des porosités dans le monde du vivant. Et cette histoire c’est aussi une rencontre avec l’auteure Hélène David alors qu’elle était journaliste au sein d’Argos, collectif de journalistes et photographes (que j’ai accompagné pendant quelques années sur le projet Réfugiés climatiques notamment). De sensibilités proches, nous sommes devenues amies et avons au fil du temps et en parallèle pris nos distances avec le propos et l’esthétique documentaire. Au gré de nos rencontres, de nos recherches et de nos découvertes mais aussi de nos choix de vie, nous nous sommes retrouvées dans le Sud de la France. Après quinze ans passés à Paris, elle est venue s’installer à Marseille. Elle a poussé des portes, arpenté le territoire des Calanques et m’a surtout invitée à suivre son sillage. Nous sommes parties plonger dans les grottes, nous avons marché… et puisé dans les sensations du territoire, dans le vécu tout en partageant un corpus fait de littérature et de livres de photo.
Le travail d’édition a commencé sans s’en rendre compte parce qu’il s’agissait alors de découvrir un territoire. Puis Hélène a souhaité donner corps à un livre… Entre certaines des intentions de départ et la forme à laquelle nous sommes arrivées, trois ans ont passés. Il a fallu trouver le rythme du récit photographique, faire confiance aux images en construisant des « phrases », placer les mots, la ponctuation, trouver les silences et les respirations. Puis penser la fabrication en parallèle du récit car il nous semblait évident que ce livre devait permettre d’atteindre l’adéquation du fond et de la forme. À ce sujet, les graphistes sont également venus à Marseille, il s’agissait qu’ils éprouvent aussi le territoire, qui loin d’être clément est rocailleux, fort chargé de soleil. Ainsi nous avons abouti à des illustrations non imprimées mais gaufrées, jouant sur le relief du papier. Et pour la couverture, nous voulions qu’à la manipulation du livre les sens soient sollicités, qu’il soit « sensuel » en quelques sortes. Nous avons trouvé le bon papier – un papier japonais en coton – un mois avant d’imprimer.
Ce n’est pas mon premier livre, mais c’est celui qui m’a le plus « déplacée », physiquement, humainement et professionnellement. Editer (du latin faire sortir) a pris tout son sens…

Où pouvons-nous trouver vos publications ?

Et quand on a « fait sortir », il faut accompagner l’ouvrage. Plusieurs présentations sont organisées (Le Bal à Paris, Item à Lyon, le Mucem à Marseille). Dans la région Occitanie, nous allons penser des événements pour l’été et la rentrée. Les publications sun/sun peuvent être commandées dans toutes les librairies (réseau de diffusion BLDD). Cependant nous diffusons « Noces ou les confins sauvages » en direct avec les librairies… ce qui vient prolonger cette manière très « maison » de faire des ouvrages, de prendre le temps de les penser, de les diffuser, d’aller rencontrer les libraires. Nous travaillons avec plusieurs librairies mais essayons de nouer des relations plus étroites avec certaines d’entres-elles comme le Grain des mots et Géosphère à Montpellier ou l’Échappée Belle à Sète. L’envie de proposer des versions « hors les pages » et de créer des ponts avec des lieux dans la région est là. Alors…

Crédit photo : Noces ou les confins sauvages

www.sunsun.fr

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