EDITIONS INDIGENE
Conscience, j’écris ton nom

Indigène éditions a connu un succès phénoménal depuis Indignez-vous de Stéphane Hessel vendu à près de deux millions d’exemplaires. Rencontre avec Sylvie Crossman et Jean-Pierre Barou, éditeurs engagés et penseurs avisés.
Quelle a été la genèse d’Indigène?
S : On est en activité depuis 1996. A l’origine on s’est créé pour s’occuper des sociétés non-industrielles, comme les aborigènes d’Australie ou les Inuits du Grand Nord. On a beaucoup travaillé avec eux dans le cadre d’expositions consacrées aux savoirs de ces sociétés. L’idée c’est d’aller à l’encontre des clichés qui stigmatisent ces sociétés comme étant archaïques, immobiles. Elles sont dans une modernité mais elles ont choisi de mettre l’accent sur le développement intérieur.
J-P : C’est une démarche en rupture. En quoi ces savoirs peuvent-ils dialoguer avec les nôtres. On a créé cette maison d’édition dans le prolongement de notre réflexion. Nos expériences personnelles ont également beaucoup comptées. J’ai travaillé aux éditions du Seuil et Sylvie a été correspondante du Monde à Sydney.
Ceux qui marchent contre le vent?
J-P : C’est une collection qui marche très bien. Tous ces gens que l’on édite contestent notre système. Il était logique qu’à un moment on en vienne à nos propres indigènes.
S : On s’est dit que le message était mûr. Et à travers de courts textes (20 à 30pages) à 3 eur, il pourrait toucher un public beaucoup plus vaste. On sentait bouger les mentalités. On voit que le basculement de la société est possible. Il y a un tel décalage entre les aspirations et l’état actuel des choses.
Qu’est-ce que vous a apporté le succès d’Indignez-vous ?
J-P : Depuis, on a un crédit beaucoup plus grand. Moins d’obstacles, plus de visibilité. Les gens attendent la suite. On peut dire qu’on représente 1 million potentiellement 2 millions de personnes. Ça compte. Mais, on restera fidèle à nos convictions dans nos publications : aller dans le sens d’un soulèvement des consciences. Qu’elles s’éveillent, se mettent en branle.
S : Les gens s’engouffrent dans une sorte de mouvement de pensée et comprennent mieux notre propos. Maintenant on a beaucoup d’éditeurs étrangers qui nous contactent. Ils sont alertés par ce qu’on fait.
Quels sont vos projets en cours et à venir ?
S : On vient d’éditer La prison ruinée. Le texte d’une jeune femme qui a passé 5 mois à Fleury-Mérogis. Elle a écrit un livre absolument superbe, d’un tel niveau littéraire. On a eu un choc.
J-P : Et puis, en juin sort le livre de Lina Ben Mhenni, jeune bloggeuse tunisienne, Tunisian girl. Ça pourrait être l’équivalent du Hessel mais pour la génération des 20-30 ans.
Propos recueillis par Elodie Cabrera
Photo : Guillaume Bonnefont