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FATOUMATA DIAWARA. L’INTERVIEW

Propos recueillis par Audrey APW

La Voix qui a « Quelque chose à dire »

 

Certains disent d’elle qu’elle est la voix du Mali. Elle, préfère dire qu’elle est la voix des sans voix…Fatoumata Diawara participera au festival de Thau, le 22 juillet à Mèze, l’occasion d’écouter en live les titres de son nouvel album « Fenfo », traduisez « quelque chose à dire » en Bambara. A travers sa musique et ses textes Fatoumata Diawara, citoyenne du monde aux valeurs humanistes, incarne aujourd’hui l’Afrique dans toute sa contemporanéité. Rencontre.

 

Fenfo, ton nouvel album signifie en Bambara, « quelque chose à dire », ce qui augure qu’il en dit long…

Cet album est pour moi le moyen d’être la voix des sans voix. La chanson qui porte le même nom, évoque l’histoire d’un petit garçon qui discute avec ses parents au sujet de sa venue dans un monde dans lequel les humains ne s’aiment pas et se battent à cause de leur couleur. Ce petit garçon s’interroge, il demande à sa mère, mais pourquoi… ?

C’est un texte très humaniste au final.

Effectivement et en tant que mère, je suis obligée de m’interroger sur le devenir de nos enfants. Je veux réellement être cette voix pour les enfants d’abord, et les femmes ensuite….

Les sonorités y sont en revanche plus métissées voire plutôt Pop/rock. C’était important pour toi d’introduire cette mixité de sons et de genres cette fois ci dans ta musique ?

En fait, ce n’est pas si surprenant que ça. Depuis que je fais de la musique, j’ai été amenée à travailler avec des pays anglophones, mais j’ai aussi eu l’opportunité de partager des scènes avec des noms comme Damon Albanr, Les Red Hot Chili Papers, avec Matthieu Chedid bien sûr ; J’ai aussi participé à des projets plus jazz, notamment avec Herbie Hancock. Du coup toutes ces expériences se réincarnent de fait dans ma musique Malienne.

C’est Matthieu Chedid qui est à la réalisation. Quel regard a-t-il apporté sur ce nouveau projet ?

Depuis le projet Lamomali, qui nous a amenés sur une très belle tournée, Matthieu et moi sommes hypers connectés, nous sommes en mode frère et sœur…quand on parle, musique, on est sur la même longueur d’onde…quand on s’est rencontrés, je bossais déjà sur mon album, et spontanément, il m’a dit qu’il serait heureux d’y participer ! Matthieu m’a aidé à améliorer mes chansons et humainement, c’est une personne très sincère…

En France tu es considérée comme « la voix » du Mali. J’aimerais que tu nous dises, sur quelle voie est le Mali aujourd’hui ?

Aujourd’hui, la jeunesse se bat contre la crise politique que le pays traverse depuis quelques années, mais elle s’accroche, y compris à sa musique, comme je le fais… A travers mes chansons je véhicule l’Afrique moderne, avec ses femmes libres, qui se battent pour le développement.

La voix pour toi ça représente quoi ?

Pour moi c’est une arme de guerre. Chanter en Bambara, est une véritable force d’authenticité…cela signifie que je suis juste avec moi-même et donc, juste avec mon public…

Fatoumata, tu es une artiste engagée à travers ta musique et tes chansons. En dehors de cela, comment cet engagement se concrétise-t-il : milites-tu par exemple dans des ONG ?

Pas vraiment, mais certaines ONG c’est vrai, m’ont déjà contactée, mais pour le moment, la musique me prend tout mon temps. Je voyage beaucoup à l’international, et par mes concerts j’essaie de véhiculer un maximum de valeurs…Pour l’instant je reste concentrée, je veux être l’ambassadrice des sans voix, mais plus tard, pourquoi pas…

Tu es une artiste pluridisciplinaire, tu as fait de la dance, du théâtre, du cinéma. Dans quel exercice te sens-tu la plus à l’aise ?

Toutes ces disciplines sont pour moi complémentaires. Je suis toute aussi à l’aise devant une caméra que devant un public, et pourtant je suis plutôt de nature timide. La plupart du temps c’est comme si j’étais guidée par mon âme d’enfant. J’ai commencé le cinéma au Mali, à l’âge de quatorze ans et j’ai été très vite à l’aise avec la caméra, mais la musique, elle est vraiment ce que je suis…

Du coup, à partir de quel moment la musique est-elle réellement entrée dans ta vie au point d’envisager une carrière ?

La musique, compte tenu de mon passé, très lourd, a toujours fait partie de ma vie. Elle a été ma thérapie. Je me suis enfuie de ma famille du Mali en 2002 j’ai commencé le chant pour libérer mon diaphragme, ce qui m’a aidée à transformer mes larmes en sourire Je voulais me battre pour être un exemple pour les autres filles, mais pour cela il fallait que je sois forte. J’ai commencé par chanter dans un théâtre de Nantes, et petit-à-petit tout cela est devenu concrêt…

As-tu des collaborations musicales de prévues avec le cinéma ?

Oui !!!! j’ai écrit la BO de Tombouctou et j’ai également participé à celle du prochain film avec Omar Sy, qui sortira en janvier 2019 « Yao », un film de Philippe Godeau.

Ton coup de gueule du moment Fatoumata ?

Je dirais « Noir n’est pas mon métier » . Cette initiative m’a fait pleurer…il était temps que les choses soient dites, notamment dans le milieu du cinéma, lors de castings, qui te fragilisent vraiment quand tu es une actrice noire, ce livre m’a touchée.

CONCERT LE 22 JUILLET – FESTIVAL DE THAU – MEZE

 

 

 

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