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FESTEN

Un vrai repas de famille…

Par Guylaine Ivanes

Du rire aux larmes, de la tendresse à la monstruosité humaine, une hypocrisie touchante….une explosion d’émotion autour d’un banquet dans lequel le public est convié.

Quel beau décor de surface : luxure, argenterie, lustres, demeure bourgeoise, convives endimanchées et domestiques attentifs, pourtant, la demeure familiale cache un terrible secret, dissimulé, partagé et enfin divulgué et à quel prix, avec déchainement, ardeur, furie, au risque d’être banni et chassé par sa propre famille, Christian, fils rescapé, souffrant dans sa chair va se battre jusqu’au bout pour rétablir la vérité.

Festen, de l’émotion pure au réel assourdissant. Une mise en abîme théâtrale et filmique d’un drame familial.

Cyril Teste, jeune et talentueux réalisateur revisite de façon innovante et remarquable ce chef d’œuvre en mettant en parallèle la vision de ces deux arts en créant un caractère indissociable de l’image et du corps.

Par cette originale et brillante mise en scène, il entraine le public au plus profond des limites des conventions humaines.

Ainsi, par le biais de la caméra, le spectateur est en perpétuel mouvement ce qui génère un suspens permanent et vient accentuer la noirceur et la tragédie présente dans l’histoire.

Lors de l’anniversaire de ses soixante ans, un père, l’éclatant Hervé Blanc, est accusé par son fils, le jeune et prodigieux montpelliérain Mathis Labelle, de viol répété sur lui et sa sœur défunte.

La vérité éclate sur la lecture d’un papier tiré au sort : sur l’un l’inceste est révélé, sur l’autre rien n’est écrit…il n’y a pas de hasard, tout va alors basculer !

Pourtant de ce père émane une telle légéreté, une rondeur, une sympathie et une telle tendresse dans les yeux que le spectateur hésite et se questionne quant à la véracité des accusations d’un fils probablement sous le joug de drogue accentuant ses tendances suicidaires et schizophrènes !

S’oppose alors la souffrance grandissante d’un fils mettant toutes ses trippes et son être pour faire rejaillir la vérité.

Le spectateur est porté tout le long dans cette ambiguïté, brillamment entretenue par un jeu d’acteur formidable que constitue cette troupe.

Le procédé filmique accentue cette ambiance glaciale en faisant apparaitre la sœur défunte à plusieurs reprises.

Le dénouement vient progressivement délivrer le public de cette angoisse pesante.

Un grand bravo pour ce spectacle clé du printemps des comédiens, pour cette mise en scène atypique, pour cette prestation notable de la troupe.

Une soirée à couper le souffle à la hauteur du lieu féérique du domaine d’O.

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