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GURSHAD SHAHEMAN

Il pourra toujours dire que c’est pour l’amour du prophète

Propos recueillis par Patricia Bussy

Création pour le festival d’Avignon 2018, la pièce était présentée par son auteur lors d’une conférence de presse en juillet dernier. Avec ce nouveau spectacle, le Franco-Iranien Gurshad Shaheman affirme son théâtre engagé, dans une partition scénique singulière. Les jeunes comédiens sont véritablement habités par les récits des exilés survivants.

La collecte des récits

J’ai passé un peu de temps dans la Jungle de Calais. Je donnais des cours de français. J’ai parlé avec des gens. Avec la bourse de l’institut français de la Villa Médicis, je suis parti à Beyrouth et à Athènes, pour rencontrer des personnes qui étaient sur le point de départ ou qui venaient d’arriver. Pour que ce spectacle ait un sens, Il fallait que je sois direct et clair dans ma démarche. J’ai eu l’idée d’interviewer exclusivement des artistes et personnes issus de la communauté LGBT. Je considérais que, leur ressemblant j’allais être à même de retranscrire leur récit

Sur le plateau, on écoute une star de la télé quand elle était encore un garçon ou Yasmine qui, elle, a été mannequin mais n’a pas pu obtenir de contrat à Agadir parce qu’elle était un garçon…

J’ai rencontré plusieurs acteurs, des metteurs en scène. Il y a des récits que je n’ai pas gardés comme celui de ce peintre. Le projet se peaufinait avec des personnes LGBT qui, depuis leur enfance, ont un questionnement sur leur identité. Comme les artistes, elles sont déjà dans la transformation de ce qu’il leur est arrivé. J’ai rencontré des mères de famille aussi, qui, 3/4 ans après avoir quitté leur pays, étaient encore sous le choc. Tous les témoins dont j’ai gardé les récits me l’ont dit : «  ce qui est important c’est que l’on n’apparaisse pas dans la pièce comme des victimes. On est des personnes fortes, on a traversé tout ça, on en fait quelque chose. » Au départ, je voulais écrire quelque chose sur l’amour – pas sur l’exil – Je crois que cela s’entend aussi dans le spectacle…

Chaque acteur trouve sa place sur scène et la garde. Il y a du mouvement mais pas de déplacement. On peut y voir un sens métaphorique.

Il n’y a que des individualités, c’est tissé ensemble mais, à aucun moment, il y a une prise de parole collective. L’idée de ces solitudes est matérialisée par un halot de lumière. Elle a induit cette mise en présence plutôt qu’une mise en scène. Je parle de l’intime, c’était donc important que les 17 personnes sur le plateau soient seules, dans leur chambre, sur le bateau, dans leur tête… Les acteurs n’interagissent pas entre eux, ce qui ne veut pas dire qu’ils ne bougent pas. Ils ont tous des vies intérieures intenses. Pendant une 1h30, on les voit « traversés » par les histoires qui leur sont confiées autant que par des choses qui leur appartiennent.

Le 16/11/2018 à 20h au Théâtre des 13 VentsDomaine de Grammont, MTP

www.13vents.fr

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