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I AM A MAN

Le mouvement afro-américain pour les droits civiques en image

Propos recueillis par Sandy Berthomieu

L’histoire sud-américaine des années 1960-1970 se révèle à travers de nombreux témoignages photographiques remarquables. Cette exposition inédite conçue pour le Pavillon Populaire voyagera jusqu’à Washington puis Johannesburg, deux villes symboliques. Gilles Mora, directeur artistique, accueille William Ferris pour le commissariat. Universitaire de renom et personne engagée dans ces mouvements, ensemble ils réalisent une exposition exceptionnelle.

1968, Memphis, Tennesee, USA — At the memorial just after Martin Luther King’s asassination, mourners gather downtown , Some display picket signs « I am a man ». used by striking garbage men. Memphis, TN. — Image by © Bob Adelman/Corbis

Avec Gilles Mora, vous partagez la passion pour la musique et la photographie américaine, est-ce la raison de votre rencontre ? Et la naissance de cette exposition ?

Je suis un admirateur de longue date du travail de Gilles Mora dans les domaines de la photographie et de la musique américaines. Nous nous sommes rencontrés en 1995 lors d’un colloque que j’ai aidé à organiser à l’Université du Mississippi. Gilles est venu de Paris à Oxford, Mississippi, avec son groupe de rock’n’roll et a donné un concert mémorable lors de notre conférence. Gilles est aussi l’auteur de livres important sur Walker Evans que j’utilise quand je fais cours sur le livre Louons maintenant les grands hommes [titre original : Let Us Now Praise Famous Men, de l’écrivain américain James Ajee publié en 1941], un classique sur le Sud des Etats-Unis illustré par les photographies d’Evans. A l’été 2016, Gilles m’a appelé pour me demander si je serais intéressé pour assurer le commissariat d’une exposition de photographies prises dans le Sud des Etats-Unis entre 1960 et 1970. Etant donné mon amour profond de la photographie et mon travail sur le mouvement des droits civiques pendant les années 1960, je lui ai dit que je serais honoré de travailler sur ce projet.

I have long admired Gilles Mora’s work in the fields of American photography and music.  We first met in 1995 at a symposium that I helped organize at the University of Mississippi.  Gilles traveled from Paris to Oxford, Mississippi, with his rock and roll band and gave a memorable performance at our conference.  Gilles has also written important books on Walker Evans that I use when I teach Let Us Now Praise Famous Men, a classic book on the American South that is illustrated by Evans’s photographs.  During the summer of 2016, Gilles called me and asked if I would consider curating an exhibition of photographs taken in the American South from 1960 to 1970.  Because of my deep love for photography and my work with the civil rights movement in the 1960s, I told Gilles I would be honored to work with him on the project.

L’image photographique a une valeur de témoignage (image amateur, reportage, journalisme), le contenu documentaire prévaut-il sur l’esthétique ?

 À dessein, notre exposition cherche à montrer côte à côte le travail de photographes aguerris et reconnus – dont l’œuvre fait l’objet de publications – et les images de photographes dont le travail n’était publié que dans des journaux locaux et vu par leur seule communauté. Présentées ensemble, ces images portent le témoignage de la violence et du courage associés au Mouvement des Droits Civiques dans le Sud des Etats-Unis de 1960 à 1970. Il faut voir ces photographies à la fois comme des documents d’histoire et des œuvres d’art, un art souvent conçu dans le feu de l’action alors que les manifestants étaient attachés par la police avec leurs chiens.

Our exhibition purposely seeks to display the work of trained, well-known photographers–whose work is the subject of book– alongside images by photographers whose work was published only in local newspapers and viewed by their community.  Displayed together, these images all bear witness to the violence and to the courage associated with the Civil Rights Movement in the American South from 1960-1970.  The photographs should be viewed as both historic documents and as works of art, an art often crafted in the heat of the moment as demonstrators were attached by police with their dogs.

Vous êtes spécialistes de la culture sud-américaine, cette exposition contient-elle vos propres recherches universitaires, notamment vos films, vos enregistrements sonores, vos photographies ?

En tant que folkloriste, j’ai travaillé en lien étroit avec des familles noires dans le Delta du Mississippi entre 1960 et 1970, la décennie dont il est question dans « I Am A Man ». J’ai filmé, pris en photo, enregistré des musiciens, des artistes et des conteurs dont les voix entrent en résonnance profonde avec les photographies montrées dans cette exposition.

Ces voix sont présentées dans Voices of Mississippi (http://www.dust-digital.com/ferris/) et dans Les Voix du Mississippi (http://www.papaguede.fr/les-voix-du-mississippi.php).

Je considère mon travail documentaire comme un acte politique parce qu’il était dangereux pour un homme blanc de travailler avec des familles noires du Mississippi dans les années 60. Il ne me semblait pas approprié de présenter mon travail personnel dans cette exposition, mais il y a des liens profonds entre ces deux mondes.

As a folklorist, I worked closely with black families in the Mississippi Delta from 1960-1970, the decade featured in « I Am A Man ».  I filmed, photographed, and recorded musicians, artists, and storytellers whose voices resonate deeply with the photographs featured in this exhibition.

Those voices are featured in Voices of Mississippi (http://www.dust-digital.com/ferris/) and in Les Voix du Mississippi (http://www.papaguede.fr/les-voix-du-mississippi.php).

I view my documentary work as a political act because it was dangerous for a white man to work with black families in Mississippi during the sixties.  I did not feel it was appropriate to feature my personal work in this exhibit, but there are deep ties between the two worlds.

 

Le blues est intrinsèquement lié à la culture américaine, quel rôle joue la musique dans cette culture, dans ces luttes ?

 Le blues, c’est la grande musique américaine. Ses racines se trouvent dans le Sud des Etats-Unis dans des communautés telles que celles montrées dans « I Am A Man ». Cette musique fut inspirée par les chants de travail et les spirituals chantés à l’époque de l’esclavage, elle est apparue comme une voix claire, profonde, des Noirs américains au cours du vingtième siècle. Des artistes comme Bessie Smith, B.B. King et Memphis Slim ont donné forme à cette musique et sont intensément aimés en France. Le blues a inspiré des œuvres littéraires protestataires dans la poésie blues de Langston Hughes et dans les romans d’auteurs tels qu’Alice Walker, Ralph Ellison, et Richard Wright. B.B. King a protesté contre le sort des détenus noirs en prison, et l’un de ses albums les plus célèbres fut Live in Cook County Jail (1971).

Blues is the great American music.  Its roots lie in the American South in communities like those featured in « I Am A Man ». The music was inspired by work chants and spirituals sung during slavery, and it emerged as a deep, clear voice of black Americans during the twentieth century.  Artists like Bessie Smith, B.B. King, and Memphis Slim shaped the music and are deeply loved in France.  Blues inspired literary works of protest in blues poetry by Langston Hughes and in novels by writers like Alice Walker, Ralph Ellison, and Richard Wright.  B.B. King protested the plight of black inmates in prison, and one of his most popular albums was Live in Cook County Jail (1971).

Cette exposition présente les Etats-Unis dans les années 60-70, quels échos trouvent ce mouvement aujourd’hui ?

 William Faulkner a dit une fois que « dans le Sud, le passé ne meurt jamais. Ce n’est même pas le passé ». Malheureusement, les scènes de violence représentées dans « I Am A Man » sont aujourd’hui trop coutumières, à la fois dans le Sud et dans l’ensemble des Etats-Unis. Le mouvement Black  Lives Matter nous rappelle que le meurtre des hommes noirs continue dans les communautés à travers le pays, et les problèmes du racisme, de la violence, du droit de vote, de l’égalité des chances scolaires, du droit au logement ne sont pas résolus. Comme les français le disent parfois, « plus ça change, plus c’est la même chose ». Les photographies dans cette exposition sont un rappel absolument familier et intemporel que la lutte pour les droits civiques dans les années soixante dans le Sud des États-Unis n’est qu’un moment, un point dans le temps, dans le combat multiséculaire pour l’égalité raciale.

William Faulkner once remarked that “In the South, the past is never dead.  It is not even past.”  Sadly, the scenes of violence depicted in I Am A Man are all too familiar, both in the American South and in America today.  The Black Lives Matter movement reminds us that the murder of black men continues in communities throughout the nation, and issues of racism, violence, voting rights, equal education, and fair housing remain unaddressed.  As the French might say, “Plus ca change, plus c’est la meme chose.”  The photographs in I Am A Man are a starkly familiar, timeless reminder that the struggle for civil rights in the sixties in the American South is but a moment, a slice in time, in the centuries-old struggle for racial equality.

 Merci à Bill William Ferris et le service presse de Montpellier 3M pour la réalisation de cette interview et sa traduction.

Pavillon Populaire

Du 17 octobre au 06 janvier

Entrée libre

Cat. expo, Editions Hazan

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