KARINE BERNADOU
Conte du crépuscule de l’enfance
Karine Bernadou est une jeune dessinatrice née à Montpellier. Elle partage son travail entre des illustrations pour des livres jeunesse et des bandes dessinées destinées aux adultes où elle mêle humour et grivoiserie. Son dernier ouvrage, Canopée, est un conte initiatique. D’apparence enfantin, il révèle à lecture reposée un univers sombre où le passage entre l’enfance et l’adulte se fait par de sombres apprentissages. Mais rassurez-vous l’auteur se porte bien.
Quelle a été la genèse de Canopée ?
En fouillant dans mes carnets j’ai trouvé plein de petites choses que j’avais griffonnées. J’avais commencé à dessiner Canopée, un personnage avec un grosse tête et de gros yeux. Il y a des scènes clés qui me sont venues petit à petit. Pas mal de choses ont commencé à être écrite de manière éparse. A la fin cela a a été un peu comme du modelage. J’avais beaucoup de matières, plein d’histoires et j’avais envie d’être dans un conte initiatique. J’ai élagué, changé d’endroit et fait cinq ou six versions avant d’arriver à quelque chose qui me plaisait.
De quoi parle Canopée ?
Cela a l’air naïf mais pas du tout. Cela parle de rapports violents. Les personnages sont assez pervers. Il y a une vraie violence psychologique. Cela parle de relations familiales hyper compliquées où il y a de l’amour mais aussi des choses très malsaines. Cela parle de rencontres et de choix amoureux difficiles en corrélation avec le père. C’est comme un drame antique. Il y a une certaine manière de parler de la sexualité.
Comment as tu construit l’album ?
Je me suis pas mal inspirée de la lecture de contes notamment pour adultes. Henri Gougaud a fait beaucoup de choses autour du conte, même des contes érotiques. C’est un langage intéressant, universel et intemporel qui a une vraie profondeur. On peut lire le livre comme une aventure et a la seconde lecture on découvre beaucoup plus de choses. Je me suis également inspiré des drames antiques. Et bien sûr de bandes dessinés indépendantes où avec une économie de moyen on va vers une forme d’impact.
Tu penses à cela dans ton travail ?
Assez. J’ai fait des études de graphisme donc je pense beaucoup en terme d’impact. Comme pour une affiche, je suis sur une idée et je réfléchis à comment mettre les choses en forme pour que cela ait un maximum d’impact.
Existe t-il une notion de transmission dans Canopée ?
Ce n’est pas du tout moraliste. Je suis sur des choses assez profondes. Si la bande-dessinée pouvait être un discussion, comme un dialogue en mon absence, j’ai envie de parler de choses profondes.
Propos recueillis par Cédric Nithard
Canopée aux éditions Atrabile
http://karinebernadou.com/