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LA PHAZE

Un retour fracassant

Propos recueillis par Sandy Berthomieu

En pleine tournée estivale, IDEM a discuté avec Damny, chanteur du groupe, quelques jours après son accident sur scène, bilan : rupture du tendon d’Achille. Mais rien ne les arrête, l’envie est plus forte, quinze jours plus tard, en béquille mais debout, ils enchainent les dates ! La Phaze est de retour et se donne à 300% entre textes rageurs et musique jungle dont eux seuls ont le secret. L’énergie est débordante, le plaisir est intact !

Malgré votre blessure, vous avez repris la tournée, comment ça va ?

Je me suis blessé début juillet en sautant sur scène. Maintenant ça va mieux et j’ai repris confiance en moi. J’ai l’habitude de beaucoup bouger lors des concerts, mais là je dois rester au maximum assis, c’est une nouvelle façon de faire. De l’épreuve je retiens le positif ! Nous jouons quasiment toutes les semaines, c’est une belle tournée, assez intense.

Après sept ans de pause, quel a été le déclic pour revenir ?

Nous nous sommes consacrés chacun à nos autres projets, puis j’ai contacté Arnaud Fournier (cofondateur) en lui disant simplement que cela serait cool qu’on se revoit pour refaire une session de zik. Je me suis remis à écrire il y a un an et demi. Cela s’est fait de manière très naturelle, sans forcer le truc et on a commencé à jouer…

Ce retour annonce aussi une nouvelle formation !

Speaker Louis vient de nous rejoindre, il apporte de la fraicheur, cela se passe super bien, il est brillant et très investi. Il nous avait écrit un mail en 2012, on a jeté une oreille et on est restés en contact. L’ambiance au sein du groupe est très familiale et humaine, ce n’est pas simplement une posture, c’est au quotidien un prolongement de la scène.

Visiblement le public est au rendez-vous ?

Le lien avec notre public est fort. Nous ne nous sommes jamais fourvoyés, nous faisons les choses qui nous correspondent et les gens respectent ça. L’histoire du groupe a vingt ans, il y a un rapport de proximité et nous nous adressons toujours au cœur !

« Sourire au teint de glace » est un inédit. Ce texte décrit l’emprise des réseaux sociaux sur l’individu et semble être un moyen d’étouffer une révolte…

Oui, c’est une révolte étouffée, c’est très juste ! Notre public est assez jeune, chaque soir en début de concert on a l’impression d’être face à des personnes hébétées. Elles n’ont pas forcément l’habitude d’entendre ce genre de choses, d’être bousculées, questionnées, les textes racontent quelque chose, portent un message. Au bout de 20 minutes, il y a un lâcher prise et une énergie incroyable se dégage.

Les réseaux sociaux créent un désordre général, il y a un chaos et cela entretient la raison d’état. Mais par de petits biais, notamment les festivals, il est possible de s’adresser directement aux gens réunis autour d’un événement dans le réel, la musique recrée du lien. Il faudrait s’éloigner du divertissement et du buzz pour aller rechercher l’esprit critique, la créativité de chacun. Cet outil chronophage occupe mais ne donne pas à réfléchir. Le web remplace la télé, depuis des années le temps de cerveau disponible s’amenuise. L’être bascule dans le narcissique, l’écran amplifie la posture de groupe et la violence s’exprime librement (troll, etc…). De façon générale, il y a un manque de réaction face à cette violence, le système médiatique y participe. En montant sur scène, on sent qu’il est en train de se passer quelque chose, ça se réveille…

Un nouveau disque est en préparation ?

Pour l’instant nous avons deux nouveaux morceaux officiels et de nombreuses ébauches. Nous bossons là-dessus en ce moment, on a beaucoup de choses à dire, on est exigents et on prend le temps. A la rentrée on se concentre sur la compo et on prévoit une sortie au printemps avec de nouveaux titres. En tout cas, en 2019, on a une sérieuse envie d’être à nouveau sur scène.

« Avoir 20 ans » est votre second morceau. En 2019, vous soufflerez vos vingt bougies, comme cela est le cas de nombreux groupes en ce moment. Je pense à Tagada Jones, No One Is Innocent, Lofofora…

C’était peut-être plus facile de se lancer il y a 20 ans, il y a eu plein de groupes à ce moment là et ils perdurent. Ils n’ont pas créé un groupe pour faire carrière mais pour la musique ! Aujourd’hui, le marché du disque et du spectacle sont segmentés médiatiquement. Pour nous, l’important c’est la scène, nous avons eu la chance de faire ce qu’on a envie de faire et non ce que l’on nous dicte. Malheureusement, la majorité des propositions sont du divertissement, il y a très peu de contenu et cela appauvrit la scène musicale. C’est trop lisse, il n’y a pas d’aspérités, de colère, quand tu es jeune tu as ça en toi ! Ou alors tu es déjà standardisé…

Lien vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=g0xH6tvg450&feature=youtu.be

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