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LAURENT KORCIA, L’INTERVIEW IMPROMPTUE.

Propos recueillis par Audrey APW

Lorsque vous dites à Laurent Korcia qu’il est un violoniste plutôt « atypique », il vous répond, du tac au tac, qu’au final, « atypique » est le contraire de « policé ».  De quoi entrer dans le vif du sujet pour ce virtuose diplômé du Conservatoire National de Musique de Paris qui plus est bardé de récompenses.
Quand il ne joue pas sous la direction des plus grands chefs, Laurent Korcia savoure des moments, aussi plus intimistes, à l’instar de sa présence jeudi soir au festival du Vigan, accompagné pour l’occasion de la prodigieuse accordéoniste Elodie Soulard.
Au programme Bartók, Piazzola, De Falla, Bloch, Kreisler, Massenet, un répertoire revisité qu’il maîtrise jusqu’au bout de son archet. Rencontre impromptue avec l’iconoclaste  Laurent Korcia, pour une magnifique 43ème édition qui s’est close en beauté.  

 

 Laurent Korcia, quels liens entretenez-vous,  avec le festival du vigan ?

Cela fait la troisième fois que je viens pour ce festival, organisé par Christian Debrus qui est lui-même musicien. Et je dois avouer, que j’éprouve toujours un certain plaisir à revenir jouer ici, d’autant qu’un membre de ma famille y a vécu un certain temps et  j’aime beaucoup cette région.

D’un côté des grands festivals, de l’autre des représentations dans des endroits plus intimistes, c’est important de trouver le juste équilibre ?

L’important c’est de jouer pour un public qui vient pour vous entendre, peu importe le lieu. Ici, ce soir au Vigan, le public était génial !

Qui a eu l’idée de ce duo, d’autant que la complémentarité entre le violon et l’accordéon est très surprenante…

Il est toujours intéressant, pour un musicien, de proposer de la musique que l’on a l’habitude d’entendre, avec des arrangements différents, tout en restant, bien évidemment, fidèle au « cœur » de celle-ci. Et puis je trouvais que  l’accordéon et le violon se mariaient merveilleusement bien. Alors effectivement, dans le cas précis, le répertoire s’y prête beaucoup. Ce sont des pièces d’inspiration populaire, qui appartiennent à la tradition orale, même si ce sont toutes des pièces classiques. Au final, cela contribue à retrouver la spontanéité qu’ont les musiciens à jouer de la musique populaire. D’ailleurs ce sont eux qui vous rappellent que la musique est avant tout une histoire de sons et d’émotions, avant d’être une histoire intellectuelle.

Malgré un duo très complémentaire, il y a forcément un  instrument qui prédomine…

Dans le cas précis de l’écriture de ce duo, il est vrai que le violon prédomine. Mais au-delà de ça, ce qui doit prévaloir pour les interprètes, c’est le sens de l’écoute. D’abord de soi-même, du son que l’on est en train de faire et bien évidemment de la musique du compositeur. C’est d’ailleurs ce que je privilégie, moi en tant qu’interprète, d’autant que l’on vit dans une époque où les gens ne s’écoutent plus, y compris eux-mêmes. Mais la musique, elle, permet encore cela, elle le demande, elle nécessite cette écoute ultrasensible à toutes les émotions qu’elle véhicule. Quand on joue, c’est un moment unique d’écoute et de partage.

Certains du sérail disent que vous êtes « atypique », Laurent Korcia. Alors, atypique ou pas ?

On est tous atypiques, non ? Et puis le contraire d’atypique, c’est policé. Mais, il est vrai que certains de mes choix, par le passé, ont parfois été critiqués, même si aujourd’hui, je ne suis plus vraiment le seul à vouloir tendre des passerelles entre les différents courants musicaux. Moi je trouve ça beau, et au final, c’est souvent la peur du jugement de l’autre qui fait que l’on se restreint, mais c’est aussi une question de personnalité et de nature humaine…

Vous êtes plutôt discret. Quel rapport entretenez-vous avec la notoriété ?

C’est une chose à laquelle je ne pense pas vraiment, me concernant je n’ai jamais couru après. Et puis la notoriété du musicien classique est très relative, je ne suis pas harcelé à longueur de journée et ma vie est loin d’être chamboulée…

Des projets en cours ?

Je pars demain pour dix jours, pour un festival Polonais, sorte de Tanglewood. Je serai également membre du jury du concours international de violon « Szymanowski » le 10 septembre prochain. Et puis un prochain album devrait paraître en septembre, consacré à Brahms avec Zoltan Kocsis…

 

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