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MAURICE BÉJART

Danser sa vie

Propos recueillis par Patricia Bussy

Alors que ses ballets sont toujours en haut de l’affiche, la personnalité du grand chorégraphe continue de passionner. L’Agora de Montpellier a organisé une rencontre avec Ariane Dollfus, qui est l’auteure d’une nouvelle biographie. Une soirée animée par Alix De Morant, maître de conférences en études théâtrales et chorégraphiques à Paul-Valéry. On y était !

Il y a une vraie effervescence littéraire autour de Béjart.

AD : effectivement, ma bibliothèque est remplie d’ouvrages sur lui. Des beaux-livres, des entretiens, des monographies, etc. Il manquait un travail biographique au sens traditionnel du terme, sur la genèse de son œuvre. Comme pour Noureev, je ne voulais faire une chronologie ennuyeuse. Le début du livre reste factuel, j’ai dû creuser dans sa vie personnelle car on ne savait pas vraiment qui était Maurice Béjart.

C’est là où l’on voit la forte influence du père.

AD : au départ, je voulais intituler ce livre : Béjart, Au nom du père. A la mort de sa mère, il avait 7 ans. C’est le père, Gaston Berger, un philosophe, industriel, administrateur et grand humaniste, qui élève seul son fils Maurice-Jean Berger, alias Maurice Béjart. Le danseur, plus tard en parlera avec beaucoup de respect et d’admiration : « C’est mon frère, mon copain, mon modèle ». Le père meurt en 1960 au moment même où la carrière de Béjart est ascensionnelle. C’est comme si par la danse, le chorégraphe finit l’œuvre intellectuelle et spirituelle de son père. Son rapport au mysticisme religieux, qui se retrouve dans des œuvres moins connues comme Lights ou Daphnis et Chloé, se conjugue à la musique contemporaine de l’époque (Boulez, Pierre Henry, Pierre Schaeffer), à sa soif de modernité.

Une période clé pour le chorégraphe, celle du Sacre du Printemps (1959), le Boléro (1960).

AD : à ce moment-là, Béjart s’installe en Belgique. A la demande de Maurice Huisman, alors directeur du Théâtre royal de la Monnaie, il crée Le Sacre du Printemps, sa chorégraphie la plus célèbre, avec son nouveau Ballet du XXe siècle, 40 danseurs de 21 nationalités. C’est un triomphe ! Suit une tournée mondiale, où il touche un autre public, où la rencontre avec des néophytes à la danse moderne a pu se faire.

Béjart était friand du principe de l’art total

AD : c’est l’idée que l’art n’est plus cantonné à une seule discipline. La danse, ce n’est pas juste de la danse. Dans la vie, tous corps en mouvements, ces gens dehors qui marchent, qui bougent, toutes ces expressions corporelles sont intéressantes. Danser sa vie, sortir des théâtres, trouver de nouveaux espaces (stades, palais des sports), ouvrir la danse à tous… Béjart fut pionnier en son genre, il a révolutionné le rapport du public à la danse.

Ariane Dollfus, Béjart, le Démiurge (Arthaud, 2017).

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