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OLIVIER CABLAT

Post-Huître : documentaire fictionnel

L’artiste Olivier Cablat a été invité par Nicolas Bourriaud dans le cadre du 2nd cycle d’expositions à La Panacée. Sa posture photographique est plutôt celle de l’objet que de l’image. À partir d’un cliché réalisé en 2009 à Bouzigues, il propose un ensemble de détournements questionnant la diffusion, le regard et le territoire. IDEM a eu l’honneur d’échanger avec lui autour de ses œuvres !
post_huitre

Olivier Cablat

Cette photographie est extraite de la série Atlas

En 2009, j’ai débuté une série de photographies autour d’objets marquants sur la côte méditerranéenne et révélateurs d’un esprit et d’une époque, « Atlas – une autobiographie vernaculaire ». Les objets sont omniprésents, chacun d’eux sont l’occasion de créer un imaginaire et construire de nouvelles histoires. Aujourd’hui cette série comporte une centaine d’images disponibles au public sur un blog. Nicolas Bourriaud a choisi l’image de ce panneau en forme d’huître pour l’affiche de l’exposition.

Visite autour des œuvres…

Ici, je propose plusieurs fictions autour du panneau en bois en forme d’huître réalisées par François et Bérénice Goni. L’idée est d’extraire cet objet pour l’amener ailleurs et dans un nouvel espace. La première pièce est une petite reproduction en stéréo lithographie associée à une conversation avec les créateurs (enregistrement 10min). Sous la forme d’une bande-dessinée, je raconte une ballade avec l’architecte Robert Venturi, penseur du postmodernisme. On y voit le Big Duck, Flanders, un autre objet singulier que j’ai exploré. Cette théorie est actualisée et interprétée avec le concept de post-huître. Je propose également une publication fictive avec un livre ouvert. Plus loin, il y a une vidéo en images d’animation présentant un scénario post-apocalyptique.

Le concept d’affiche poursuit cette réflexion ?

En effet, c’est un travail sur les formes, ce panneau en bois est un espace d’affichage et d’information. Dans cette exposition je décline et diffuse cet objet à travers des pièces exploitant et questionnant ces supports avec la conversation, le livre, le son et la vidéo, ce sont autant d’expériences autour d’un même objet. L’affiche a tout son sens dans cette démarche.

D’où vient cet intérêt pour ces objets délaissés du regard ?

J’ai grandi à Plan de Campagne à côté de Marseille, la nature a laissé place à une zone commerciale importante. Le lien est assez évident. Toutefois, je n’ai pas de nostalgie pour ce type de construction influencées par la culture nord-américaine et notamment à Los Angeles ou à Las Vegas. Dans ce monde en perpétuelle mutation, j’essaie de capter ce qui échappe encore à la création standard.

L’objet/totem est le sujet principal ?

Il y a un mouvement vers l’objet jusqu’à la fascination ; ces panneaux, voitures, publicités sont éphémères, peu valorisés sur le long terme. Je fais parfois le parallèle avec la Tour Eiffel conçue pour le temps de l’exposition universelle de 1900, cet objet a accroché le paysage urbain jusqu’à en devenir le symbole d’un pays inscrit dans l’Histoire. Les objets que je photographie sont représentatifs d’une forme de création, ils se placent dans une faille urbaine dans les pourtours des villes, ces zones échappant à la réglementation. Au fil du temps, ces structures s’inscrivent dans le paysage. La photographie est une passerelle entre l’ordinaire et le pérenne, c’est le propre de l’art de provoquer des déplacements du réel et d’inciter l’imaginaire.

Quelle est la démarche documentaire ?

Je réalise des enquêtes artistiques sur ces objets leur apportant une autre valeur, c’est une façon de réhabiliter la petite histoire dans la grande. Il n’y a pas de limites à cette exploration. Je rencontre des personnes qui m’apportent des éléments sur l’environnement, le contexte, la commande et parfois l’auteur. Certaines de mes images témoignent de structures qui ont disparues, comme ces flamants roses géants collés à la façade d’un supermarché à Saint Gilles.

Malgré tout, l’image photographique est primordiale !

Ce projet est encore en cours, je travaille à la chambre moyen format, la photographie argentique implique un temps de réalisation et de développement important. Avec ce dispositif, je capte peu d’images car je prends le temps de choisir le cadre, la lumière…

D’ailleurs, la lumière semble rechercher la impartialité ?

Je suis capable de revenir vingt fois sur le même lieu pour obtenir la bonne lumière. Je ne suis pas dans l’instantané mais au contraire à la recherche de l’angle parfait, du cadrage idéal permettant de valoriser l’objet. La lumière permet d’extraire le sujet par contraste, il se détache de l’environnement pour arriver sur ce nouveau plan qui est celui du public.

Propos recueillis par Sandy Berthomieu

Exposition visible jusqu’au 27 aout

La Panacée

http://lapanacee.org/fr

http://oliviercablat.com/

http://atlas-oliviercablat.tumblr.com

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