SÉBASTIEN DURANTÉ
Détourne l’art à coups de moustaches
Avec leur haute teneur en dérision, les oeuvres de Sébastien Duranté font mouche. Photos, sculptures, dessins, performances vidéo, ce jeune plasticien natif de Salonde- Provence touche à tous les médiums. Il détourne allègrement les oeuvres d’artistes contemporains pour délivrer d’amusantes satires sociales. Installé à Bruxelles depuis quelques mois, l’ancien étudiant des Beaux-Arts de Montpellier revient dans l’Écusson pour présenter deux expositions, à la galerie Saint-Ravy en décembre, puis en janvier à la galerie AL/MA.
Votre dada, c’est le détournement. Comment opérezvous?
Je prends quelque chose qui m’intéresse et je le réadapte, avec un côté burlesque ou satirique. Il y a par exemple une photo de l’artiste Marcel Duchamp, où il se fait tonsurer une étoile filante par son compère Man Ray. J’ai posé dans la même position, et je me suis fait tonsurer une moustache à la place. C’est le négatif de la moustache qu’on aperçoit dans le miroir que je tiens. Cette mise en scène burlesque (en photo) fait référence à l’art.
L’artiste Marcel Duchamp vous a-t-il influencé ?
Il m’a plutôt fait peur, au début! C’est le personnage emblématique de l’art contemporain. Or, comme beaucoup de gens, quand on ne connaît pas l’art contemporain, on s’en méfie. On pense que c’est de l’esbroufe ! C’est vrai qu’il y en a… et c’est aussi intéressant. Mais Duchamp est un artiste de génie. On dit qu’il a presque tout inventé. Après, j’aime aussi faire référence à des artistes…vivants !
Il y a de nombreuses moustaches dans vos oeuvres. En plus vous en portez une !
La moustache a un côté charismatique, mais peut vite devenir ridicule. Et ça, ça me plaît bien. J’ai par exemple créé une pièce sur les dictateurs : ce sont des grosses moustaches collées au mur. Les noms ne sont pas indiqués, mais on peut reconnaître à qui elles appartiennent. Cependant, je ne fais absolument pas un art politique. J’aime m’amuser avec ce qui m’entoure.
Vous avez créé une ingénieuse Machine à surveiller l’évolution d’une calvitie potentielle…
C’est une installation avec, dans le plafond, une mini-caméra planquée. Si on s’approche de l’écran,on y découvre le sommet de son crâne, filmé en continu. C’est une référence à l’artiste contemporain Philippe Ramette, qui a créé une pièce appelée Objet à voir le chemin parcouru. Il s’agit d’un casque avec des rétroviseurs. Son oeuvre est philosophique, la mienne plutôt burlesque…