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THIBAULT LOUCHEUX

Le Prix Joseph, une rentrée littéraire post moderne

Propos recueillis par Patricia Bussy

Un grand prix littéraire à Montpellier après la rentrée parisienne ? Est-ce bien raisonnable de penser qu’il y a une place pour un trophée, qui viendrait après les Goncourt, Renaudot, Femina et autre Interallié, tous portés dans la capitale ? L’auteur, Thibault Loucheux, est le fondateur de ce nouveau prix. Il y croit et nous donne rendez-vous le 24 novembre au fameux Café Joseh. Pour choisir un (des) livre (s), boire un (des) verre (s) et participer à un évènement culturel branché.

La sélection livres

En créant ce concours, vous partiez du constat qu’on lit moins dans le Sud qu’à Paris. Pourquoi d’après vous ?

Pour plusieurs raisons. La première, c’est que Paris reste le centre de tout, y compris celui de la littérature. La rentrée littéraire est un jeu qui reste bien trop parisien. Pour intéresser les gens, il faut créer des événements, il faut les intéresser, il faut qu’ils se sentent concernés… C’est pourquoi nous avons crée le prix Joseph. L’idée est aussi de créer un prix pour tous, pour les jeunes aussi et leur dire que la littérature et la fête ne sont pas incompatibles. Montpellier a de grands atouts qu’elle doit exploiter.

Vous pensez que le Café Joseph – CJ pour les habitués ou encore Café Jo – peut devenir le QG des auteurs et lecteurs à Montpellier ? Pourquoi avoir choisi ce café ?

C’est déjà le cas ! J’ai écrit une bonne partie de mes livres là-bas, je connais des auteurs qui font la même chose, et ce n’est pas rare d’y voir un inconnu griffonner sur des feuilles volantes. Le Café Jo a déjà une empreinte culturelle, de grands artistes sont venus dans ce lieu. C’est en grande partie grâce à Jean-René Privat, le patron du café, un passionné de cinéma, de musique et de livre, avec une énergie débordante. Pour ce qui est de la littérature, le café a vu passer Frédéric Beigbeder ou Christine Angot. La porte d’entrée nous accueille avec des livres, comme pour annoncer aux auteurs qu’ils sont chez eux.

Cette première édition est parrainée par Nicolas Rey. L’écrivain, chroniqueur qui est au centre du roman Sumo, où Frédéric Grolleau fait un portrait au vitriol du milieu littéraire parisien. Pourquoi ne pas avoir choisi une personnalité locale ? N’est-ce pas un peu contradictoire ?

J’ai entendu parler de ce livre mais je ne l’ai pas lu. Nicolas n’est pas originaire du Sud, mais il y est attaché. Je vous rappelle qu’il est publié par Marion Mazauric, Au diable Vauvert. Il ne rate pas une occasion de venir à Nîmes, Sète ou Montpellier. C’est un écrivain qui a cette tendresse et cette impertinence qu’on cherche en littérature. C’est une grande fierté et un plaisir immense d’avoir un de mes auteurs préférés comme parrain du prix Joseph.

Quand vous parlez des éditeurs et auteurs du Sud, vous voulez dire la Région Occitanie ou un Sud qui va de Nice à Perpignan ?

Pour cette première année, nous parlons de la région Occitanie. Pour participer, l’auteur doit écrire un roman en français à compte d’auteur ou publié entre le 1er aout et le 1er novembre. Il doit aussi justifier d’une appartenance à la région, par ses origines ou son lieu d’édition.

Quels sont les livres en compétition et quels sont les liens ou concordances entre eux ?

  • Un tournant de la vie (Flammarion) de Christine Angot
  • Oublier mon père (Éditions Denoël) de Manu Causse
  • Le corps est une chimère (Au diable vauvert) de Wendy Delorme
  • La mer en face (Éditions du Rocher) de Vladimir de Gmeline
  • Ma dévotion (Éditions du Rouergue) de Julia Kerninon
  • L’art de se prendre les murs (Pygmalion) de Guilhem Méric
  • Louisiana (Les Presses Littéraires) de Gérard Muller
  • Vodka Mafia (Les éditions Black-out) de Richard Palachak
  • La Mélancolie du Pivert (5 Sens Editions) de Pauline Perrier
  • Les Bracassées (Éditions du Rouergue) de Marie-Sabine Roger

Nous n’avons pas donné de limite, ni de genre, ni d’âge pour l’auteur. Mis à part, d’une manière ou d’une autre, l’appartenance à la région. Nous cherchons une belle histoire, des sujets contemporains avec une impertinence dans le ton ou la forme. Montpellier est une ville de passage, ses habitants viennent de partout. Il fallait que ce côté cosmopolite se retrouve dans la sélection des livres.

Dans une interview pour le site Internet (e-metropolitain.fr/), vous avez dit, je cite : « Un bouquin c’est beau, ça sent bon et ça résout les problèmes, alors qu’un téléphone c’est moche, ça pue et c’est le début des ennuis ». N’êtes-vous pas intéressé par les nouvelles formes d’écritures numériques ou la lecture digitale (ebooks) ?

Ce sont deux choses différentes. Si certains veulent se faire autoéditer, c’est parfait, chacun fait ce qu’il veut. Mais les liseuses me font un peu plus peur… J’aime l’objet livre, je ne l’échangerai pour rien au monde. C’est comme le cinéma, un film se regarde en salle, pas sur l’écran d’un Iphone. Il faut avoir du respect pour les arts qu’on aime.

Que pensez-vous de l’association Languedoc-Roussillon Livre et Lecture ?

Ils sont très sympathiques, ils m’ont aidé dans la médiatisation du projet. Le livre et les auteurs ont besoin d’aide, ces associations sont nécessaires. La prochaine bataille à gagner sera celle du statut de l’auteur. Mais je crains que la guerre soit longue…

Le jury : Thibault Loucheux (écrivain, fondateur et président du jury), Christophe Beaumard (éditeur), Marine Chane-Law Étudiante En Lettres), Joséphine Cueille (étudiante en sociologie), Émilie Laget (auteur), Mathéo Philbert (musicien), Olivier Pince (auteur), Ulysse Terrasson (auteur)

Pouvez-vous annoncer le déroulé de la journée du 24 novembre

Avec les trois autres auteurs du jury, Emilie Laget, Olivier Pince et Ulysse Terrasson, nous signerons nos livres dans l’après-midi. Les auteurs de la sélection également. Mathéo Philbert, musicien juré, proposera lui ses CD. L’artiste Margaux Horel exposera des photos pour l’occasion. A 18h30, il y aura la lecture d’un texte de Nicolas Rey par l’actrice Sarah-Cheyenne. A 19h30, nous annoncerons le lauréat du premier prix Joseph. Nous voulons que la rencontre soit belle, qu’on puisse boire un verre ensemble et parler bouquins.

Vous êtes également auteur et cinéaste. Quelle est votre actualité ? Etes-vous sur un nouveau roman ou un projet production en ce moment ?

Je viens de terminer le premier jet d’un nouveau roman qui mêlera une histoire d’amour aux travers de la grande distribution. Je travaille aussi sur un recueil de nouvelles mais le roman est bien plus avancé.

Le samedi 24 novembre 2018, le Prix Joseph a été décerné à Wendy Delorme

pour son roman Le corps est une chimère (Au Diable Vauvert). 

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