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WARNAUTS ET RAIVES, SOUS LES PAVÉS DE 68

Propos recueillis par J-L. T.

Un Américain à Paris en mai 1968, Warnauts et Raives signent un one-shot, Sous les pavés (Le Lombard) qui leur tenait à cœur. Jay, jeune photographe US, a été raflé un soir d’émeute. Il raconte à un flic comment il a vécu aussi bien sentimentalement que physiquement ce mois de mai de toutes les passions. Warnauts et Raives alternent entre reportage précis sur des bases détaillées, et romanesque autour de personnages authentiques.

Pourquoi ce choix de retour sur mai 68 ?

Raives : Cela faisait longtemps qu’on en avait envie d’en parler et depuis deux ans on écrivait sur le sujet. Et on n’a pas vraiment réalisé que cela allait être le 50e anniversaire de Mai 68.

Eric Warnauts : On voyage ensemble pour des festivals par exemple, on discute tous les deux. On se demande mutuellement les sujets qui nous intéressent.

Votre héros, Jay, est un jeune photographe américain à Paris qui se retrouve embringué dans les évènements de Mai 68.

Eric Warnauts : Le fait que le personnage principal soit américain n’est pas étonnant. La France était en 68 en retard par rapport à l’Angleterre ou aux USA. La France n’avait pas l’air concernée par les mouvements avec en prime la figure tutélaire de De Gaulle, une sorte de grand-père dont la légitimité s’effritait. La France s’ennuyait.

Vous décrivez un mélange social intéressant de destins qui vont obliger les gens à faire des choix. La France est riche en Mai 68.

Raives :  Oui. La guerre d’Algérie c’est terminé. Plus de dette, les essais nucléaires, la France est une grande puissance. L’Amérique va prendre ensuite le leadership. Notre personnage est un peu ambigu. Il a vécu plein de chose et il ne dit rien.

Il y a aussi ce médecin qui a un petit air d’un célèbre acteur français, non ?

Raives : Michel Piccoli, c’est vrai, tel qu’on le voit dans Les Choses de la vie avec Romy Schneider. C’est le grand bourgeois type de l’époque. Avec Piccoli j’ai le son de sa voix dans l’oreille et cela m’aide à dessiner.

Eric Warnauts : On n’était pas encore dans une société de consommation en 68. Costard, cravate, duffle-coat, tout le monde se ressemble un peu. Pas de dictature des marques.

L’explosion de liberté de Mai 68, qu’en reste-il ?

Raives : Le Vietnam prend le pas très vite sur Mai 68. Nixon est élu et ce sont les grandes opérations, les tractations. On a oublié Mai 68. Aujourd’hui, Il y a les réseaux où tout le monde donne son avis. Le rapport à l’autre n’est plus le même.

Eric Warnauts : Avec Sous les pavés, on est revenu à un one-shot ce qui nous permet de dire plein de choses sur le sujet.

Et votre après Mai 68, ce sera quoi ?

Un polar années cinquante aux USA. On a une autre idée de one-shot, une histoire d’amour et deux points de vue différents mais on se cherche un peu. Avec le polar par contre, on retombe dans ce qu’on adore avec le jazz, les lieux qu’on aime, New-York, Harlem.

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